| Et la Muse
est
Son Souffle Le point de vue de Josef Bakou |
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Effendi, la poésie, c’est quoi ? La poésie, ce sont les mots que te dicte ta muse, ceux qu’elle te murmure. Dans ce sens, tu n’es en fait que réalisateur. Le concepteur, l’architecte, c’est elle. Un poème, c’est comme une symphonie et le compositeur, c’est elle. Toi, tu ne fais qu’interpréter. Au violon, à la trompette ... ou à la lyre. Mais tu n’as fait que définir "poésie" par "muse". Dans ces conditions alors, la muse c’est qui ou c’est quoi ? La muse est un personnage imaginaire. Et c’est justement à partir du moment où elle cesse d'être imaginaire, que tu écris. La muse est réelle. Bon, c’est vrai que c’est un peu compliqué. Elle est une, c’est LA muse, mais toi et les autres, vous possédez chacun votre muse, je veux dire: chacun a sa muse qui le possède. D’autre part, c’est vrai que tu n’en as qu’une seule – qui t’accompagne du début jusqu’à la fin – mais elle est multiple. "Elle est une mais son visage est multiple". Elle est la paix, la liberté, elle est tout. Elle n’est que ce qui est beau et bien ? Non, elle est tout. Le froid, La guerre, la misère, ça c’est la muse "qui fait couler le noir de ton encre". Un peu la muse "castratrice". Mais je ne veux pas me mettre Freud sur le dos ! Elle est aussi la mort ? Oui, la mort aussi est muse. Comme la vie. C’est une muse avec laquelle tu vis un genre de "coexistence" pacifique, jusqu'au jour où ... La poésie libre... Qui dit poésie, dit liberté. La poésie est libre, elle l’a été depuis la nuit des temps, et elle le restera à jamais. La poésie de Ronsard, de du Bellay, celle des poètes antiques, est libre. A partir du moment où la muse cesse d’être un personnage imaginaire, un poète naît, libre comme le vent. De par son écriture, de par sa vie, un poète ne peut-être que libre. Mettez-le derrière des barreaux, il le sera toujours. Les poètes... Tout homme est poète. Vois cette phrase: "Il fait beau, tu ne trouves pas ?". Cette petite phrase a été sûrement dite et redite des milliards de fois, en toutes les langues, partout sur terre. Et mon avis est que tous ceux qui ont dit cela une seule fois, comme ça par hasard, sont poètes. Seuls ne sont pas poètes ceux qui – comme disait Brecht je crois – ne sont même pas capable de haïr ... Brrr ! ça me donne froid dans le dos, rien que d’imaginer... Dieu les éloigne de mon chemin et du tien ... Oui. Oui mais il y a des poètes célèbres, qui écrivent bien ... On écrit pour soi et pour les autres. De ce que tu as écris, les autres sont libres de dire "j’aime" ou "je n’aime pas", mais pas "c’est beau" ou "ça ne l’est pas". Il n’en ont pas le droit, tout simplement parce que souviens-toi, c’est la muse qui en est le concepteur, et nul n’a le droit de la juger. La muse est parfaite. Mais il est vrai que l’interprétation peut être bonne ou mauvaise. Ton style, il faut le chercher. On le cherche comme on cherche l’or dans la vallée: il faut piocher. Dans ta précipitation, dans ta hâte de trouver le filon, tu ne trouveras jamais seul. Il te faut quelqu’un pour te dire: "plus haut", "va un peu plus loin", "encore un pied ou deux et ça sera bon" et si toi un jour, n’ayant encore rien trouvé, tu te sentes las et prêt à tout abandonner, tu sauras qu’il est là, qu’il attend, et tu reprendras à piocher de plus belle. Et celui là, tu as compris qui c’est. C’est le lecteur, ton lecteur. Lui aussi unique et multiple. Donc tu vois ? D’un coté il y a la muse, de l’autre le lecteur, l’un comme l’autre indispensables. Et au milieu il y a toi. Et toi tu n’es rien d'autre que ta plume. Freud - encore lui ! - aurait dit: rien que ton sexe … La langue ... La langue est un outil, une convention. C’est technique. Il n’y a pas de langue plus belle que d’autre. Toutes les langues sont aussi très insuffisantes. Il est des choses, surtout abstraites, qui n’ont pas de nom, qu’il est impossible de traduire, même par un ouvrage de plusieurs tomes. Et puis les mots n’ont pas le même sens pour toi comme pour moi. Quand je te dis "Je t’aime", je ne sais pas vraiment ce que tu as compris. La poésie résout ce problème. Les mots, des éléments techniques, donc morts, se mettent à vivre, à pétiller de vie. La poésie virtuelle ... Tu veux dire la poésie sur Internet ? Oui ... C’est la poésie du présent et de l’éternité. Ce sont les contes de l’Allemagne du nord avant que les frères Grimm ne les écrivent. Les enfants d’aujourd’hui ne croient plus en ces contes, ça ne les amuse même plus. S’ils n’avaient pas été écrits, ils auraient évolués avec le temps, ça aurait été peut-être autre chose. Le temps ne pardonne pas. D’une poésie aussi belle que celle de Rimb, je ne sais pas ce qu’on pensera dans ... mille ans. N’est éternel en fait que le visage de la muse. La poésie virtuelle, c’est le chant du griot. Dieu, Josef ? C’est l’Ami. Celui qui écoute et qui sait. Es-sagui, l’Ami qui verse le vin dans ton verre, c’est Lui. Il vient à toi quand Il te sait seul. Quand Il te sait prêt. Et la Muse est Son Souffle. |
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