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Par ce jour de neige  

 

Brave homme qui allez

Seul à pied

Par ce jour de neige

Faites attention

A ne pas être surpris

Dans vos rêves

 

Par une glissade.

 

 

 

Parce que tu vis au printemps  

 

Transparence hideuse

Dans laquelle se réfugie mon ombre

Quand ton regard

Ne l’effleure même pas.

 

Parce que tu vis au printemps

Et moi

J’ai subi une éternité.

 

Je préfère aborder la lune

Le sourire nu.

 

Pas un geste

Pas un mot

Qui te feraient fuir.

 

Je me perds dans l’ébauche

D’une esquisse

Glissante à l’extrême

De ton corps.

 

J’invente la saveur de ta langue.

 

J’en oublie de parler la mienne.

 

En attendant qu’un jour

 

Le temps

 

Ne soit plus.

 

 

 

Petite sorcière  

 

Pour ton corps

Qui ondule

Et déjà

Affronte le désir,

 

Pour le parfum

Doux et obscur

Qui s’en dégage,

 

Tu seras gratifiée de mille maux,

Ma fille.

 

Quant à moi,

Je ne te chasserai pas

Petite sorcière.

 

Ainsi,

Dans ma détresse devant la mort,

Tu seras là.

 

 

 

Peu importe votre nom  

 

Venez.

Peu importe votre nom.

Entrez.

Asseyez-vous.

Là, en face.

Ne dites rien.

Ecoutez.

J'ai à vous parler.

De quoi ?

Je ne sais pas.

Permettez-vous que je mette de la musique ?

Celle-ci.

Dites-le-moi, si vous n'aimez pas.

Je mets l'eau à bouillir pour le thé.

Vous en prendrez bien une tasse, n'est-ce pas ?

Ah ! Oui, la lumière...

Je la trouve trop forte.

J'allume une bougie.

Ca ne vous dérange pas ?

Puis-je vous offrir une cigarette ?

Tenez, servez-vous.

Alors, nous parlions de quoi ?

Vous vous appelez comment déjà ?

Non, ne dites rien.

Peu importe.

Il a fait beau aujourd'hui, ne trouvez-vous pas ?

 

Puis,

Par manque de tact,

J’ai commencé à parler de la mort...

 

 

 

Pour ameuter la jungle  

 

L’Afrique est à nous

Et l’Amérique

Et tous les continents.

 

Noire ma peau.

Noire mon encre.

 

Et rien qu’un tam-tam

Pour ameuter la jungle

Et le métro.

 

 

 

Pour renvoyer au futur  

 

Je ne te raconterais pas l'ancre
Comme d'un bateau
Car elle chavire,
L'axe, ni la tige
L'aiguille des heures
Quand elle sort son dard
La cloche pour m'assourdir
Le tout de bronze
Trempé dans le temps bien sur
Une cage de fer
Où l'insolente prône, libre
Un mécanisme
A me suspendre au ciel,
Loin de la spirale de mes rêves
Un carré de blocage
Qui donne libre cours à nos jours,
Un pilier pour retenir son temple
Une roue de renvoi
Pour renvoyer au futur,

Bienvenu, mon enfant
Bienvenu dans l'horloge !

 

 

 

Pour tuer le temps  

 

Pour tuer le temps

Un regard,

Le tien,

Dans une salle d’attente,

Vadrouille

D’images en visages

Quand

Par hasard

Il accroche le mien.

 

Ils s’interrogent,

Ils se parlent,

Ils se disent

Qu’il est dommage d’attendre

Alors qu’il y a du soleil dans la rue.

Ils se chuchotent :

Aimez-vous cette musique ?

Je ne la trouve pas de circonstance,

Ils se murmurent

Des mots

Qu’ils inventent.

Mutuellement,

Ils s’avouent

Que les autres qui sont là

Les dérangent.

 

Puis vous êtes partie.

 

Je cherche depuis

Un prénom

Pour habiller votre visage.

 

(Je voudrais dédier ce poème à tous ceux qui

Croient que la terre n’est qu’une salle ou l’on attend,

Une salle toute ronde, où il faut mettre de la poésie,

Toujours, beaucoup, pour oublier que l’on attend.)

 

 

 

Puis à mon tour  

 

C'était Rome
Et Rome l'ancien
N'était que troupeaux
Et bergers.

Et le printemps, le premier
Levait le doigt.

Puis venait Valentin,
Le saint.

Puis à mon tour,
Au hasard
J'aimais ...

 

 

 

Puis le train s'est arrêté  

 

Cette nuit

Dans ce train

Qui n'allait pourtant pas loin

Les gens rêvaient

Certains en mangeant un sandwich

D'autres en fumant

D'autres encore en dormant.

 

Chacun rêvait pour soi

Mais tous rêvaient:

Ceux en première classe

Ceux en deuxième

Même ceux assis sur des strapontins.

 

Les uns souriaient

D'autres avaient les larmes aux yeux

De temps en temps

Ils les essuyaient discrètement.

Sur les lèvres de certains

On devinait une conversation.

 

Puis le train s'est arrêté

Et les rêves se sont terminés

La plupart inachevés.