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L’oiseau blanc  

 

Ton cœur

Pourra-t-il contenir encore

L'oiseau blanc

Lorsqu'il déploiera ses ailes ?

 

Sauras-tu défier le vertige

En survolant les continents ?

 

Sauras-tu ne pas fondre

Au voisinage du soleil ?

 

Sauras-tu compter jusqu'à ...

 

Sauras-tu soutenir le regard

D'un reflet qui te contemple

Les bras croisés ?

 

D’une image

Qui te dis:

Je t'attends !

 

 

 

La jungle de mes neurones  

 

M’arrive-t-il d’avoir la sensation  

De fourmis noires

Envahissant la jungle de mes neurones

Et déteignant sur mes idées,

Je sors dans la rue.

 

Je la trouve

Peuplée de prédateurs

Aux mandibules venimeuses

Courant sous la pluie,

De mollusques gastéropodes

S’engouffrant la nuit venue

Dans des bars

Où se côtoient 

Scorpions zélés,

Pieuvres assoiffées,

Et chauves-souris.

 

Je m’enfuis vers la plage

Cherchant de la compagnie.

Je la découvre fréquentée

De zorilles

Aux abdomens proéminents,

D’hippocampes borgnes,

De raies armées.

 

Je prends au retour

Un bus bondé

De mantes mensongères

D’araignées du continent

Et de frelons tatoués.

 

Je m’enferme alors chez moi.

Et j’attends que vienne frapper

À ma porte

Un humain.

Un ami.

 

 

 

La lune a suivi  

 

Les étoiles se sont données le mot
Aussi longtemps que ce sera la guerre
Elles n'illumineront pas mon cœur.

La lune a suivi.

Le désert a juré le silence
Il ne mêlera pas sa voix aux bruits des canons.

L'arbre est en colère
Il gesticule sous le vent
Redoutant à venir
Les pluies d'acier.

La mer se déclare fatiguée.
Elle ne voudrait plus bercer
Que les petits voiliers,
Comme ceux
Sur les dessins d'enfants ...

 

 

 

La mer a déménagé  

 

La lune ne m'adresse plus la parole.
L'arbre se dissimule,
Qui m'enivrait de son chant.
La source s'est tarie,
A laquelle nous nous abreuvions.
La mer a déménagé.
La nuit s'étale.
Elle s'installe.
Jusqu'à l'ami,
Enfoui dans ta poitrine,
Qui menace.

Du vent,
Je garde en mémoire pourtant
Quelques notes joyeuses.

 

 

 

La merveilleuse colombe  

 

La baguette magique

Le haut-de-forme
Et qui s'en échappe
La merveilleuse colombe.

Que nos enfants auraient été heureux
Si tous, nous avions eu ce pouvoir !

 

 

 

La petite souris blanche  

 

Le voici qui pointe son nez,
L'hiver mignon

La petite souris blanche
Qui va encore
Grignoter

De ce qui me reste

De temps.

 

 

 

La plus belle  

 

Enfants,

Il n’existe qu’une symphonie et une seule,

La plus belle :

La vie.

 

Et vous en êtes les notes joyeuses.

 

 

 

La pulpe  

 

Le mot
N'est que l'écorce
La pulpe
Ce que je ressens.

Je t'aime,

Marie.

 

 

 

La rime, l'été  

 

La rime, l'été
Comme des corbeaux dans le blé.

La rime, Marie, pour toi.

 

 

 

La toile attend  

 

Il est des jours
Où le pinceau
Chatouille la toile,
Un moment
La taquine,

Puis signe.

Il est d'autres fois
Où il bafouille
Il refuse
Il dit : non !

La toile attend.

L'artiste gémit ...

(Et puis, chère lectrice avisée, ne dites pas qu'il y a du symbolisme là-dedans, que sur un plan psychanalytique etc. Nous ne nous intéressons pas à ce genre d'histoires )

 

 

 

La traversée sera longue  

 

Toutes voiles au vent
Je mets le cap sur un rêve,
Terre inconnue.

Je ne sais d'elle
Que des contours vagues
La mer à l'assaut
Du bleu de ses yeux
Et un volcan en son sein
Qui frémit.

Point de victuailles,
Des malles chargées de mots
Et de chansons !

J'ai promis à mon cœur,
Mon roi,
Des tonnes d'or
Que je rapporterai.

La traversée sera longue,
Amie, priez pour moi,
Et je vous promet,
Cette Terre, je la baptiserai de votre nom :
Marie.

 

 

 

La vigile  

 

Torturés par la maladie
Tourmentés par la faim
Tout espoir était perdu.

A l'aube d'un jour pourtant
La vigile,
Le poète cria :
Paix en vue
A jamais !

 

 

 

La ville  

 

Voici que la porte s’ouvre

Et que tu t’engouffres seul

Dans la ville

Pour échapper au vertige.

 

Tes rêves à vingt ans

Débordent de détails

Aux contours interdits.

 

Va !

Et que la foule ne t’emporte pas

Vers quelque plage

Laide.

 

Va !

Si un jour

Amer est le goût

Que tu trouves parmi les autres

À la pâture.

 

L’horizon

Bras ouverts

Ne demande qu’à t’accueillir.

Il te guidera vers des faubourgs

Peuplés de vierges

Saisons.

 

Va !

Elles attendent :

La sœur,

La muse.

 

Mais l’autre peut-être aussi :

La mort.

 

 

 

La ville est à refaire  

 

La ville est à refaire,
Il faut repartir du néant,
C'est ma conviction.

Choisissons un homme paisible,
Le premier à bâtir sa maison.

Un homme paisible
Et ainsi aussi, à venir, les voisins.

Et que la Muse hante les rues !

 

 

 

L'autre  

 

Mais devine
Qui,
A l'automne,
Sait tenir la dragée haute ?

L'autre :
Mon désert ...

 

 

 

Le blues est ravageur  

 

(Aux petits-enfants du blues)

 

 

La ville brûle au loin
Ce n'est pas Saint-Louis
Ce n'est pas Memphis

Mais quand même,
Dans mon coeur
Le blues est ravageur.

 

 

 

Le jour du premier mot  

 

Le jour
Dont j'aurai souhaité
Aussi demain
Avoir l'usage,

Le jour du premier mot.

Les ancêtres te le raconteront
Pas à pas,

Que tu saches prendre l'envol.



A Timothée (encore !)

 

 

 

Le noir de ton encre

Au poète autiste
 

 
Si la muse même
Ne venait que pour faire couler
Le noir de ton encre

Si la misère se déchaînait
Le froid,
La haine,
La guerre

Et toutes ces choses-là
Qui ne pardonnent pas.

Si le blues prenait ta main
Et la paralysait.

Si les mots te trahissaient.

Si ton autisme
T'enveloppait
Comme un manteau chaud.

La musique
De la rue qui rit
Sous un petit rayon de soleil
Qui a échappé à la brume

Viendra à ton secours …

 

 

 

Le reste ne m'appartient pas  

 

Je ne te décrirai que son regard
Le reste ne m'appartient pas
Non pas celui de tous les jours
Mais celui auquel je mesure mon pouls
Et mes rêves
Celui, vert
Comme le vert qui badigeonne mon paradis
Celui qui m'enveloppe
Qui m'engloutit
Qui m'aspire
Qui m'absorbe
Et toute ma pensée
Quand je ne sais même plus :
Mon cœur
Est-il le mien
Ou le sien …

  

 

 

Le silence se mesure  

 

Le silence se mesure,

Non pas comme le vin, en hectolitres

Ni comme on évalue la distance à l’horizon.

 

On l’estime

Dans les regards, quand ils se vident

On l’évalue

Dans les cœurs, quand ils se taisent …

 

 

 

Le silence, un jour  

 

Ecoute-le battre, ce cœur.

Pour toi, surtout,

Ne fait-il pas gronder l'écho ?

 

Il me promet pourtant

Un jour

Le silence.

 

Noyons-nous d'ici là,

Veux-tu,

Dans le vin quand il rit,

Dans la musique quand elle rouspète,

Dans les bruits,

Tous les autres,

De la vie :

Dans la clameur de la foule,

Dans le gazouillis des oiseaux,

Dans le clapotis des vagues,

Et en automne,

Dans les hurlements du vent.

 

Mais non, pas dans le cliquetis des armes...

Non, pas dans le fracas des canons...

 

 

 

Le vent se donne  

 

De sifflements
En cris déchirés
En pleurs
En lamentations
En gémissements
En hurlements

Puis en rire
Puis en chuchotements

Le vent se donne

A ceux qui écoutent.

 

 

 

Le vieil arbre déraciné  

 

A Bessie Smith, Big Joe Turner, T-Bone Walker, Muddy Waders, Brownie McGhee, John Lee Hooker, Leadbelly et tous ceux que j'oublie.



Sur un bateau qui tanguait
Entre Afrique et océan
Quelque part,

Le vieil arbre déraciné
A inventé le blues.

 

 

 

Le voici venu  

 

Le voici venu

Et déjà, il embrase la forêt.

 

Et si l’Ethiopie avait connu l’automne

Mozart aurait été éthiopien.

 

Et toi,

Sais-tu qu’un jour

Tu seras dans l’automne de ta vie ?

 

 

  

Les avaleurs de feu  

 

Je vous veux près de moi

Le jour où mon cœur vaillant

Battra la retraite.

 

Je nous veux formant un cortège,

La cymbale devant,

Les fous,

Les chevaux,

Les avaleurs de feu,

Et tout le reste.

 

Je me veux, ce jour là,

Allongé

Et vous,

Respectueux de mon sommeil.

 

Je me veux paisible

Et vous joyeux.

 

Et je vous veux crier

Aux passants qui s'arrêtent :

Il est mort !

Monsieur Personne !

 

 

 

Les failles, la veine, le filon  

 

La terre les accouche le soir

Noirs si ce n’est

Les yeux brillants.

 

J’ai vu les visages raconter :

Les failles, la veine, le filon.

J’ai vu le regard raconter le grisou.

 

Et elles attendent.

Les belles

Qu’on a promises.

 

Et quelquefois elles attendent longtemps.

 

 

 

Les merveilleux petits points roux  

 

Le printemps s'est mis au balcon
Mais rien que le temps d'une saison
Puis souffleront les vents chauds
Qui feront ton corps
Et réveilleront sur ta peau
Les merveilleux petits points roux.

 

 

 

Les nuits de décembre  

 

La solitude,

Ô misère,

Je vous en fais cadeau.

Les nuits de décembre

Si vous saviez

De quel bois

Elles se chauffent !

 

Mon cœur ne bat plus

Qu’au rythme de l’hiver.

 

Sous mon porche

Dans le noir

Je tends le bras

À la recherche vaine de ton corps.

 

Dans ma pipe

Je souhaite tant

Brûler ce souvenir

De la dernière guerre :

Un soldat jeune

Gisant

Dans les tranchées enneigées

La main accrochée

À la photographie d’une femme

Au regard tendre.

 

 

 

Les projets frileux de demain  

 

Vivre dans l'exil

Les déboires d'une journée

Vide de rêve

Harcelé par le fantôme du passé

Et les projets frileux de demain

Toujours demain

Toujours peut être.

 

Respirer dans l'exil

L'air même serein

D'une ville

Habitée de formes diffuses

De lumières anonymes

Et un quartier

Un seul

Que je connais bien

Celui de ma solitude.

 

Aimer dans l'exil

Une fleur de jasmin

Des rires d'enfants

Un regard de femme

Et je plonge dans l'océan

De l'oubli

Un instant

Rien qu'un instant.

 

Mourir dans l'exil

Au bout de l'espoir

D'un retour

Même sans gloire

Mais l'idée

D'un exil qui continue.

 

 

 

Les voix enflaient  

 

Dans le vacuum opaque du café

Les voix enflaient

Enflaient

Enflaient.

 

Et je fixais une idée dans l'air :

Celle de te serrer dans mes bras ...

 

 

 

Lourd de fruits de miel  

 

Venu du nord
Le jeune soldat ne voit pas le palmier
Il n'a pas le temps
Les palmiers ne l'intéressent pas
Il n'est pas là pour admirer les palmiers
Quelqu'un se cache peut-être derrière le palmier
On peut s'en servir soi-même
Comme rempart contre les balles.

Et le palmier
Sans eau faiseur de miracles
Lourd de fruits de miel
De s'interroger :
Ce jeune homme
Serait-il aveugle ? 

 

 

 

Lui, choisit son verbe

 

Quand l'un d'eux s'exprime
Ils hochent la tête, l'air entendu.
Lui, choisit son verbe,
Il le soupèse.
On ne l'interrompt jamais.
S'ensuit quelquefois un long silence.
Si les mots viennent à lui manquer
Une parabole lancée en l'air
Pénètre les esprits.

La paix règne.

Puis un plus jeune prend le relais.
Il parle non sans quelques bavures
Mais on en rit.

Et quand une femme
De sa voix belle
Comme de musique
Vient ensorceler l'assemblée
Tous, lui en sont reconnaissants ...