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Ce jour de tentation  

 

Vois cette forme généreuse.
De l'horizon cette silhouette,
Vague il est vrai
Voyageur, de loin
Que tu déshabilles du regard.

Tu te retourneras
Ce jour de tentation
Pour dire adieu au village,
Prendre congé d'un arbre.

Je guetterai les larmes
Sur ton visage
Mais ce jour, peut-être,
Il pleuvra ...

 

 

 

Ce monsieur honnête  

 

Le doute

Ce monsieur honnête

En sortant de chez moi

Me prend tous les matins

Gentiment par le bras

Et m’entraîne

Vers le bistrot du coin.

 

Je lui raconte ma vie

Ma famille

Mes amours

Mes passe-temps.

 

Il me regarde ébloui.

 

D’autres jours

Je lui raconte la lune

Pleine

Ronde et lointaine

Et les monts qui s’y profilent

Et les nuages de passage

Et les étoiles qui brillent

Et le port qui s’endort

Et les rêves fous

Dont ma tête

Doucement se remplit.

 

Il me regarde surpris.

 

 

 

Ce que l'hiver bafouille  

 

Il se perd en palabres
Il ne parle qu'à lui-même
Je suis trop occupé
Par rassembler quelques brindilles,

En faire un petit feu
Dans mon cœur.

Ce que l'hiver bafouille
Ne m'intéresse pas.

Un petit feu dans mon cœur
Avec toi
Que je voudrais partager ...

 

 

 

Ce que tu racontes  

 

Nous avions rendez-vous.

 

La voici

Assise en face de moi,

La muse,

La vie.

 

Oser lui dire maintenant:

 

Ce que tu racontes,

C'est bien.

 

Mais il y a plus grave:

Je te veux.

 

 

 

Ce soir austère  

 

Pour cause d'hiver
J'ai l'autisme à fleur de peau.
De tout mon harem,
De Marie, d'Anne, d'Isabelle, ...
Ce soir austère
Seule la Mort s'est faite belle.

 

 

 

Celui à tes pieds  

 

Si tu crois

Muse,

Que je laisserai un jour

Un quelconque juge

- Soit-il mon lecteur -

Imposer à mon cœur

Une cadence,

 

Si tu crois

Muse,

Qu’une fois

La loi,

- Serait-elle la rime -

Me fera oublier,

 

C’est que tu méconnais

Muse,

Le poète,

 

Celui à tes pieds …

 

 

 

C'est de moi   

 

Dites-lui que j'ai peur de le lire,
Que je tremble devant les pages jaunies
Comme une feuille morte !

Dites-lui que je crains
Un jour ou un autre
De dire :
C'est de moi.

 

 

 

C'est elle qui ordonne   

 

A la feuille morte
Il faut dire, dire
Et le lui rabâcher :

Que tu aimes,
Que tu aimes
Quand vient l'automne.

Car c'est elle,
C'est elle qui ordonne,
C'est elle qui impose ...

 

 

 

C'est la rentrée  

 

L'arbre, par respect, se découvre
Mon automne fait le boulevard
Le pas sûr
Le regard grisâtre.

Partout règne le silence
Sauf dans ta poitrine
Et même que là
La cadence s'accélère.

C'est la rentrée.
Oublie la rime,
C'est à la Vie que je pense …

 

 

 

C'est ma chambre  

 

Comme en plein jour
Malgré la nuit
Et la perspective douteuse.

Un lit qui s'enfonce déjà dans le rêve,
Une chaise belle
Boiteuse comme le fil des jours,
Une table sur laquelle je dépose mes coudes.

C'est ma chambre.

Muse, je t'y invite.

 

 

 

C'est MON soleil  

 

Elle s'engage contre la nuit
Elle réveille la vie
Elle réchauffe les cœurs.

C'est TA poésie
C'est MON soleil.

 

 

 

Cet automne  

 

Cet automne

Je demanderais à être payé

D’une liasse de feuilles mortes.

 

Cet automne

Finie la faim

Finie la peur

Finie la guerre :

Mon platane

Connaîtra d’autres couleurs.

 

Cet automne

Marie

Ce sera le printemps

De notre vie.

 

Cet automne

À chaque fois qu’il voudra partir

On le retiendra encore quelques jours, n’est-ce pas ?

 

Ca  amuse tant les enfants

De jouer dans les flaques d’eau …

  

 

 

C'était à Madrid  

 

Maudits soient les sabres étincelants
Les baïonnettes
Les champs de poussière
Les longues-vues
Les généraux
Se tenant à distance.

Maudits soient les armadas
A l'assaut de continents nouveaux
O combien millénaires.
Des peuples surpris
Et sans autre défense
Que des ancêtres de bois.

Maudite soit-elle,
La deuxième.
La première remonte à bien plus loin
Au jour où Abel ...
Vois le Livre,
L'image qu'il raconte.

Maudit soit le Champignon
Le géant, l'ogre
Le père
De ces pauvres petits corps difformes.

Maudit soit l'étendard
Non pas celui, un jour
Qu'un fou, un rêveur
Le poète inconnu
A hissé sur la place.

C'était à Madrid ...

Et voici que Madrid-mon-coeur
Encore une fois
A pleuré.

(Et maintenant, vraiment,
Je n'écrirai plus que pour Marie.
Car tout cela me fatigue ...)

 

 

 

C'était la saison  

 

Je regardais distraitement par la fenêtre.

Je l'ai vue.

 

C'était elle !

Elle est entrée chez le fleuriste.

 

Je suis sorti en courant.

J'ai appelé l'ascenseur.

Je ne l'ai pas attendu.

J'ai dégringolé l'escalier.

J'ai traversé la rue en trombe.

Je me suis engouffré chez le fleuriste.

 

Elle n'était plus là.

 

Je suis ressorti

Avec un bouquet de chrysanthèmes.

 

C'était la saison...

 

 

 

Cette page de mon journal  

 

Je vous dédie, Isabelle,

Cette page de mon journal.

 

Je suis sorti cueillir aujourd'hui dans le ciel

Quelques miettes de soleil.

Mais dans la rue, d'affreuses nouvelles

Et un nuage noir

Se sont précipités sur mon cœur.

 

Morts sont, ce jour même, quelques enfants

Quelques vieillards

Et bien d'autres innocents.

 

De retour chez moi

J'ai cogné violemment sur la table

Pour L'appeler à moi

Et lui demander à quel jeu Il joue.

 

Et Il m'a répondu

De cette voix que tu connais:

 

N'est-ce pas Moi

En ce moment même

Avec ta plume

Qui écrit ?

 

 

 

Cher océan  

 

Je vous confie ma lettre,

Cher océan.

Peut-être rencontrera-t-elle

Au cours du voyage

Ma muse,

Ou d’autre âme paisible.

 

Que le diable s’en éloigne,

La mort,

Et tous ceux qui m’ennuient

(Jamais je ne suis indifférent).

 

Qu’elle vogue vers l’éternel,

Le rivage lointain,

Qu’elle grimpe souvent

Tout en haut des vagues

Et retombe dans les creux.

 

Qu’elle arrive à bon port.

 

Peut-être cet automne ?

 

 

 

Chevauchant un nuage blanc

 

Croyiez-vous camarades
La guerre perdue ?
La seule
La belle
Qui mérite ce nom ?

Ah ! Mais ne le voilà-t-il pas qui revient,
L'Automne,
Chevauchant un nuage blanc ?

 

 

 

Combien de temps  

 

Mon âme s'est envolée
Comme un oiseau vers la paix

Un laps de temps, une éternité ?
Combien de temps,
Combien de temps t'ai-je aimée ?

 

 

 

Comme elle

 

 

 

 

 

 

 

Sur le rivage
Gît l'oiseau, jadis libre
Frère de ma colombe
Comme elle
Victime
De ta démente passion
Pour un sédiment
Noir.  

 

 

 

Comme ta poésie  

 

C'est le combat des feuilles,
De celles qui résistent.

Comme ta poésie,
Qui ne naît pas ...

 

 

 

Comme vous  

 

Dans le désert
Chaque petit grain de sable
- Comme vous -
Porte son visage

Et au gré du vent
- Comme vous -
Va son chemin.

 

 

 

Condamné au silence  

 

Tous les jours,

Elle et moi,

Dans ce château vaste,

Nous mourrons un peu.

 

Elle est le fantôme blanc qui le hante,

Ma liberté.

 

J’en suis le seigneur,

Condamné au silence

Pour avoir une fois

À voix haute

- Ô, il y a longtemps -

Rêvé.

 

La  nuit venue,

Dans ma cellule,

J’ouvre la baie

Immense,

Sur le visage beau

De la lune

Qui me sourit.

 

Et je m’évanouis.